Madagascar reste l’un des pays les moins connectés d’Afrique. Seuls 20,4% des Malgaches utilisaient internet début 2025. Face à ce constat, le pays a lancé une évaluation stratégique. Le 5 avril 2025, le PNUD a présenté les résultats du Digital Readiness Assessment (DRA). Cet outil mesure le niveau de préparation numérique d’un pays.
Un diagnostic national piloté par le PNUD
Le Ministère du Développement Numérique a initié un diagnostic national. Il a travaillé avec l’appui du Programme des Nations Unies pour le Développement. Quatre ateliers ont été organisés entre février et mars 2025. Ils ont réuni le secteur public, le privé et la société civile. Le monde académique y a également pris part. Cette diversité visait à garantir la fiabilité de l’étude.
Des voix multiples pour une étude représentative
Apollinaire Faniva représente la Chambre de Commerce d’Antananarivo. Il a salué la qualité des échanges entre les acteurs. Selon lui, la diversité des points de vue renforce le diagnostic. Clarisse Manjary préside la Commission du Développement Numérique à l’Assemblée Nationale. Elle a insisté sur la nécessité d’un cadre légal clair. La protection des données personnelles reste selon elle prioritaire.
Une fracture numérique encore marquée
Les chiffres illustrent l’ampleur du retard malgache. Le pays comptait 6,6 millions d’internautes début 2025. Ce nombre est passé à 6,71 millions en octobre 2025. Le taux de pénétration stagne autour de 20,4%. Près de 26,2 millions de Malgaches restent hors ligne. Cela représente 79,6% de la population totale. La croissance des internautes suit simplement celle de la population.
Le coût de la connexion explique en partie ce retard. L’internet mobile représentait 6,28% du revenu national brut par habitant en 2023. Ce taux dépasse largement le seuil d’abordabilité fixé par l’UIT à 2%. Il reste toutefois en baisse par rapport aux 52% enregistrés en 2014. La moyenne africaine s’établit à 4,48% contre 1,24% dans le monde.
Un bras de fer oppose aujourd’hui l’État et les opérateurs télécoms. Ces derniers réclament la suppression de taxes jugées excessives. Leur montant cumulé avoisine 215 milliards d’ariary soit environ 47,6 millions de dollars. Le gouvernement souhaite en échange une baisse durable des tarifs.
Des atouts à mobiliser malgré les obstacles
Madagascar dispose pourtant de leviers solides. Le mobile money connaît une adoption croissante dans le pays. Les startups locales affichent un réel dynamisme entrepreneurial. Les connexions mobiles atteignaient 21,8 millions fin 2025 soit 66% de la population. Le débit médian d’internet fixe est monté à 32 Mbps fin 2025. Cette progression traduit une amélioration progressive de la qualité du réseau.
La population malgache reste par ailleurs très jeune. Elle comptait 32,4 millions d’habitants en janvier 2025. Cette population a augmenté de 2,4% en un an. Plus de 58% des Malgaches vivent encore en zone rurale. Cette réalité pèse directement sur l’accès aux infrastructures numériques.
Cinq piliers pour structurer la feuille de route
Le DRA repose sur cinq axes stratégiques précis. Le premier concerne les compétences et l’éducation numérique. Le deuxième porte sur la connectivité et les infrastructures. Le troisième vise la modernisation des services publics numériques. Le quatrième renforce les cadres juridiques et réglementaires. Le cinquième stimule l’écosystème économique numérique local.
Jean-François Dubuisson représente le PNUD Madagascar lors des ateliers. Il a rappelé l’objectif final de cette démarche participative. Le DRA doit permettre d’identifier précisément les défis du secteur. Il doit aussi optimiser les investissements publics vers les priorités réelles. L’inclusion numérique des populations vulnérables reste un objectif central.
Une ambition alignée sur les priorités nationales
Stéphanie Delmotte dirige le Ministère du Développement Numérique. Elle considère le numérique comme un impératif stratégique national. Il doit selon elle soutenir la Politique Générale de l’État. La feuille de route issue du DRA guidera les prochains investissements. Elle orientera aussi le renforcement des compétences digitales du pays.
Le rapport final sur la préparation numérique a depuis été remis officiellement. Le MNDPT et le PNUD poursuivent leur collaboration sur ce chantier. D’autres initiatives accompagnent cette dynamique comme le futur pôle UniPod. Ce pôle veut catalyser l’innovation portée par la jeunesse malgache.
Conclusion
Le Digital Readiness Assessment pose un diagnostic sans complaisance. Madagascar affiche un retard réel face aux standards régionaux. Le coût de la connexion freine encore une large partie de la population. Les atouts existent pourtant avec le mobile money et les startups. La réussite de cette feuille de route dépendra des investissements à venir. Elle dépendra aussi de la baisse effective des tarifs internet. Les prochaines années diront si Madagascar comble son retard numérique.
Sources :
- https://www.undp.org/fr/madagascar/actualites/madagascar-se-prepare-lavenir-numerique-avec-le-digital-readiness-assessment
- https://datareportal.com/reports/digital-2025-madagascar
- https://midi-madagasikara.mg/pres-de-262-millions-de-malgaches-non-connectes-a-internet/
- https://www.agenceecofin.com/actualites-numerique/2511-133696-madagascar-bras-de-fer-entre-l-etat-et-les-operateurs-telecoms-sur-les-prix-d-internet
- https://newsmada.com/2026/01/23/numerique-letat-du-digital-a-madagascar-en-2025-2026/
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Écrit par Ravaka Elina
