L’accès à une connexion internet abordable représente un enjeu majeur pour le développement numérique d’un pays. À Madagascar, le mois de décembre 2025 marque un tournant décisif avec l’annonce officielle d’une baisse des tarifs internet, fruit d’un mouvement populaire sans précédent qui a contraint l’État et les opérateurs à négocier.
Une mobilisation citoyenne devenue priorité nationale
Le débat sur les tarifs internet a éclaté sur les réseaux sociaux en novembre 2025, lancé par des créateurs de contenu malgaches excédés par les prix pratiqués. Sur Facebook, les publications dénonçant le coût prohibitif de la connexion ont généré des milliers de réactions, transformant une revendication digitale en véritable mouvement populaire. La pression s’est intensifiée au point d’impliquer quatre ministères lors d’une émission spéciale diffusée sur les chaînes publiques le 26 novembre 2025.
Madagascar occupe la 106ème place mondiale sur 237 pays selon les classements internationaux, avec un prix moyen de 1,12 dollar le gigaoctet. Cette situation pénalise particulièrement les ménages modestes. Un consommateur disposant de seulement 500 ariary quotidiens pour sa connexion paie le gigaoctet à 5 000 ariary, tandis qu’une personne pouvant acheter un forfait à 200 000 ariary ne paie que 2 000 ariary par gigaoctet. Cette inégalité structurelle, dénoncée par Mahefa Andriamampiadana, ministre du Développement numérique, illustre un système injuste et socialement intenable.
L’accord du 1er décembre : une baisse immédiate
Dans un communiqué officiel daté du 1er décembre 2025, le Ministère du Développement numérique, des Postes et des Télécommunications (MNDPT) annonce que les opérateurs ont accepté de réduire leurs tarifs avec application immédiate. Cette décision conclut des semaines de tensions entre l’État et le Groupement des opérateurs de télécommunications de Madagascar (GTM), composé de Yas, Orange Madagascar et Airtel.
L’ampleur de la baisse varie selon chaque opérateur, qui fixe ses tarifs en fonction de ses capacités techniques et économiques. Les forfaits mobiles les plus courants affichent désormais des volumes sensiblement augmentés. Avec 3 000 ariary, on obtient 1,1 Go, 5 000 ariary donnent accès à 2,5 Go et 10 000 ariary permettent d’obtenir 5,5 Go. Orange Madagascar lance également de nouvelles offres Wifiber dès novembre 2024, avec des prix démarrant à 49 000 ariary et des volumes considérablement boostés. Le forfait Wifiber Go+ passe ainsi de 150 à 250 Go, tandis que le Wifiber Discovery grimpe de 300 à 500 Go.
Le bras de fer fiscal
La négociation a révélé une fracture profonde sur la question fiscale. Le GTM conditionne une baisse structurelle et durable à la suppression de taxes jugées pénalisantes. Il s’agit notamment du droit d’accise de 8 % sur les télécommunications, de la taxe de 5 % sur le mobile money et de certaines taxes sur l’importation d’équipements. Les opérateurs affirment que cette réforme fiscale n’affecterait pas les recettes publiques et garantissent même 400 milliards d’ariary d’impôts en 2026 grâce à la dynamique de croissance générée.
L’État refuse catégoriquement d’accorder des avantages fiscaux en échange de gestes limités et ponctuels. Le communiqué conjoint des ministères concernés, publié le 28 novembre 2025, martèle : « L’intérêt général prime sur toute revendication sectorielle. Les Malgaches veulent une vraie baisse des prix tandis que l’État ne laissera pas les opérateurs décider du rythme du progrès numérique du pays ». Le gouvernement accepte néanmoins d’étudier un allègement fiscal si les opérateurs démontrent que cette mesure ne pénalisera pas le budget national et s’engagent à réinvestir ces économies dans l’amélioration des infrastructures.
Redéfinir la logique tarifaire
Au-delà de la simple baisse des prix, le ministre Mahefa Andriamampiadana appelle à repenser fondamentalement le modèle commercial. Pour l’internet fixe, le modèle basé uniquement sur le prix du gigaoctet ne devrait plus prévaloir, car il pénalise les petits consommateurs. La nouvelle approche doit privilégier une tarification fondée sur la qualité, la vitesse et la stabilité de connexion, conformément aux pratiques observées dans de nombreux pays.
Cette réforme exige des opérateurs qu’ils investissent massivement dans leurs infrastructures. Les inégalités de couverture territoriale demeurent criantes : un opérateur dessert 2 100 sites à travers le pays, un concurrent n’atteint que 1 100 zones, tandis que le troisième ne couvre que 700 endroits. L’objectif fixé est d’atteindre une couverture nationale harmonisée, condition indispensable pour une véritable digitalisation du pays.
L’arsenal réglementaire se renforce
Face aux résistances, l’État déploie son arsenal juridique. Lors du Conseil des ministres de début décembre 2025, une modification du décret relatif à la protection des utilisateurs de réseaux de télécommunications autorise désormais l’Autorité de régulation des technologies de communication (Artec) à fixer le prix de l’internet pour l’opérateur réputé dominant. Cette mesure constitue une arme de dissuasion redoutable.
Le gouvernement menace d’ouvrir davantage le marché à de nouveaux acteurs si les opérateurs ne coopèrent pas pleinement. Plusieurs décrets encadrant les pratiques commerciales et protégeant les consommateurs sont annoncés pour mettre fin aux obstacles artificiels freinant l’accès au numérique. Cette régulation renforcée vise à établir une concurrence réelle, équitable et transparente.
L’objectif du top 50 mondial
Madagascar nourrit une ambition claire, rejoindre les cinquante pays où l’internet est le plus abordable. Pour y parvenir, le prix du gigaoctet doit chuter de 1,12 à 0,54 dollar. Cette stratégie repose sur trois piliers complémentaires. Elle vise à stimuler une concurrence effective entre opérateurs, à améliorer substantiellement la qualité de service avec une couverture équitable du territoire et à aligner les pratiques tarifaires sur les standards internationaux.
Cette transformation ne se limite pas aux tarifs. Le ministère souligne qu’une éducation au digital s’impose. Pour la majorité des Malgaches, internet se résume aux réseaux sociaux et aux divertissements. Démocratiser l’accès implique aussi d’accompagner les populations vers des usages professionnels, éducatifs et entrepreneuriaux qui libéreront le potentiel économique du pays.
Conclusion
La baisse des tarifs internet annoncée en décembre 2025 constitue une victoire citoyenne et un pari politique audacieux. Madagascar franchit une étape décisive vers la démocratisation du numérique, même si les tensions persistent autour de la fiscalité et des investissements. Le véritable test débutera dans les prochains mois. Les opérateurs tiendront-ils leurs engagements sur la qualité de service ? L’État maintiendra-t-il sa vigilance réglementaire ? La population, première bénéficiaire de cette réforme, reste attentive. Ce mouvement initié sur les réseaux sociaux démontre le pouvoir d’une mobilisation citoyenne organisée, capable de faire évoluer les politiques publiques dans un sens favorable au plus grand nombre.
Sources :
- www.lexpress.mg – Prix de la connexion internet, Madagascar vise le top 50
- www.lechodusud.com – Baisse des tarifs internet à Madagascar
- fr.allafrica.com – Baisse du tarif d’internet, entente trouvée
- www.madagascar-tribune.com – Baisse annoncée des tarifs des forfaits internet
- midi-madagasikara.mg – Baisse du prix de l’internet, l’État maintient sa position
- www.2424.mg – Télécommunication, régulation des tarifs
- fr.news.yahoo.com – Madagascar, tarifs des forfaits internet
- www.newsmada.com – Orange Madagascar lance de nouvelles offres
- www.digigasy.com – Classement des meilleurs forfaits internet Madagascar
- www.inkisition.com – Comparatif internet à Madagascar
Écrit par Ravaka Elina
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