Madagascar lance l’enrôlement biométrique – Une réforme historique pour l’identité nationale

Un quart des Malgaches n’a aucune preuve d’identité légale. Ce chiffre alarmant a longtemps freiné l’accès aux services publics, à l’emploi et à l’inclusion financière. Le 27 janvier 2026, Madagascar franchit une étape décisive. L’État lance officiellement l’enrôlement biométrique national. Ce projet ambitionne de doter chaque Malgache d’une identité unique, sécurisée et reconnue.

Un problème structurel enfin adressé

Madagascar souffre depuis des décennies d’un système d’état civil défaillant. De nombreuses Cartes d’identité nationales (CIN) sont frauduleuses. Elles ne peuvent pas être authentifiées via une base de données fiable. Résultat, elles perdent de leur valeur juridique.

Les copies d’actes de naissance ne s’obtiennent qu’auprès de la commune de naissance. Ce déplacement coûteux exclut des pans entiers de la population. L’accès à l’emploi, au crédit ou aux soins en dépend pourtant directement.

C’est pour répondre à ce défi que le projet PRODIGY a été conçu dès 2019. Il est financé à hauteur de 143 millions de dollars par la Banque mondiale. Son objectif central est de garantir une identité légale à chaque Malgache d’ici 2030.

Le lancement officiel du 27 janvier 2026

La ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation, Velonjara Tiaray Rakotonandrasana, annonce le projet lors d’une conférence de presse à la Coupole Anosy d’Antananarivo. Plus de 12 millions de Malgaches sont concernés en priorité. Ce sont les personnes majeures, âgées de 18 ans et plus.

L’opération débute symboliquement par les plus hautes autorités de l’État. Le Président de la République, le Premier ministre et les membres du gouvernement s’enrôlent en premier. L’opération se poursuit ensuite dans le district d’Atsimondrano. Les 26 communes du district sont couvertes dès le 27 janvier.

Le déploiement national complet est prévu entre avril et juin 2026. L’objectif est d’enrôler 2 millions de citoyens durant cette phase. La moyenne estimée est de 40 inscriptions par jour et par centre.

Le principe « Izaho Tokana » : une personne, une identité

Au cœur du dispositif se trouve le Numéro d’Identification Unique (NUI). Chaque citoyen se voit attribuer un numéro personnel, infalsifiable et permanent. Ce numéro constitue désormais la base de l’identité légale reconnue par toutes les institutions.

L’enrôlement collecte plusieurs types de données. Les données classiques incluent le nom complet, la date de naissance et le lieu de résidence. Les données biométriques comprennent les empreintes digitales, le scan de l’iris et la capture du visage. Une signature biométrique et la mesure de taille viennent compléter le dossier.

Chaque enregistrement dure entre 10 et 15 minutes. « L’enregistrement a pris environ dix minutes et maintenant je me sens rassuré d’être officiellement reconnu », témoigne Harinirina, un habitant de Bongatsara. Cette simplicité est clé pour encourager la participation massive.

Un déploiement massif sur tout le territoire

2 500 kits biométriques sont déployés à travers 1 729 centres d’enrôlement. Ces centres fonctionnent six jours sur sept. Ils couvrent prioritairement les circonscriptions administratives des 119 districts.

Deux types de kits ont été conçus. Les kits mobiles sont destinés aux sites fixes. Les kits ultra-mobiles atteignent les zones enclavées. Alimentés à l’énergie solaire, ils fonctionnent sans réseau électrique. Cette autonomie est indispensable pour un pays où l’électrification reste limitée.

Avant le lancement, 70 districts ont été formés dès le 12 janvier 2026. Les sessions de formation portent sur l’utilisation des équipements, la gestion des données et la sensibilisation des populations. Le Centre national de l’état civil et de l’identité (CNECI) supervise l’ensemble du dispositif.

Ce que la réforme change concrètement

L’enrôlement biométrique ouvre l’accès à des droits fondamentaux longtemps inaccessibles. Reconnaissance juridique, services de santé, inscription scolaire, crédit bancaire : tout dépend d’une identité reconnue. Pour les plus démunis, cet accès change tout.

La base de données nationale supprime les doublons et élimine les fraudes documentaires. L’État dispose enfin de données fiables pour élaborer ses politiques publiques. Santé, éducation, infrastructures, aménagement du territoire : tous les secteurs en bénéficient.

L’interopérabilité des plateformes est assurée par l’Unité de Gouvernance Digitale. Elle relie l’état civil, la justice et les services publics en un système cohérent. Cette architecture renforce durablement la gouvernance numérique de l’État malgache.

Les conditions pour s’enrôler

Toute personne majeure peut s’inscrire. Ceux qui possèdent déjà une pièce d’identité se présentent directement au bureau de district. Une CIN même expirée, un passeport ou un permis de conduire suffisent. Les documents n’ont pas besoin d’être en cours de validité.

Ceux qui n’ont aucun document se rendent d’abord au fokontany. Les agents les guident vers la procédure adaptée. L’opération est entièrement gratuite. C’est une condition essentielle pour atteindre les populations les plus vulnérables.

L’objectif 2030 : une identité pour tous

Le ministère de l’Intérieur affirme que la réforme vise une identité légale sécurisée pour chaque citoyen d’ici à 2030. Cette échéance est ambitieuse. Elle suppose un rythme soutenu et une forte adhésion de la population.

Dans la commune de Bongatsara, l’engouement est déjà visible. Plus de 50 personnes par jour se présentent dans certains fokontany. Les files d’attente s’allongent devant les bureaux communaux. Ce démarrage encourage les autorités.

Cette transformation dépasse la simple délivrance de carte. Elle construit un État plus moderne et plus équitable. Pour Fidèle Rafalimanana, coordinateur du projet PRODIGY, l’enjeu est clair : libérer le potentiel économique et social de millions de Malgaches longtemps invisibles aux yeux de l’administration.

Conclusion

L’enrôlement biométrique est bien plus qu’un projet technique. C’est un acte de citoyenneté. Pour la première fois, l’État malgache se donne les moyens de connaître chacun de ses citoyens. Le vrai test commencera lors du déploiement national d’avril 2026. Les 2 500 kits tiendront-ils face aux réalités du terrain ? La population la plus éloignée sera-t-elle atteinte ? Madagascar a posé les bases. Le chemin vers 2030 reste long, mais il est tracé.


Sources :

  • www.lexpress.mg – Réforme, enrôlement biométrique, démarches administratives simplifiées (janvier 2026)
  • fr.allafrica.com – L’enrôlement biométrique se poursuit dans les districts (février 2026)
  • fr.allafrica.com – L’intérêt pour l’enrôlement biométrique se poursuit à Bongatsara (février 2026)
  • midi-madagasikara.mg – Vers une identité biométrique sécurisée (janvier 2026)
  • actu.orange.mg – Identité numérique : Madagascar lance l’enrôlement biométrique national (janvier 2026)
  • www.moov.mg – Enregistrement biométrique à Madagascar, déploiement de 2 500 équipements
  • digital.gov.mg – Projet PRODIGY, Banque mondiale

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Écrit par Ravaka Elina